Si j’ai été un peu absente des réseaux sociaux ces derniers temps c’est parce que je me suis investie dans un projet pour « mon beau château ».
Mon beau château c’est Vaux-le-Vicomte, une merveille qui nous vient tout droit du temps de Louis XIV.

Le château de Vaux-le-Vicomte

Ce « petit » château privé, le plus beau de France, est l’œuvre de Nicolas Fouquet. Intendant des finances du Roi, il est riche, plein de charme et très ambitieux. Il fait construire pour épater la galerie un château sur ses terres aux confins de l’ile de France, dans une campagne giboyeuse tout près de Fontainebleau. Il dépense une fortune ! mais surtout, il a le bon goût de faire appel à des artistes remarquables. Architectes, peintres, décorateurs, jardiniers déjà en vogue, deviennent célèbres ici, à Vaux. Ils passèrent le reste de leur vie à construire Versailles devinrent les plus célèbres de leur temps : Charles Le Brun, Louis Le Vau, André Le Nôtre.

Fouquet à marqué l’histoire avec la somptueuse fête qu’il donne le 17 août 1661 en l’honneur du Roi.
Louis XIV, fort jaloux de ce ministre, le fait arrêter quelques semaines plus tard par D’artagnan et ses mousquetaires sur les conseils d’un autre jaloux, Colbert, qui brigue sa place. Le surintendant ne reverra jamais son domaine et mourra dans la sinistre prison de Pignerol.
Le beau petit château est plus ou moins abandonné, les meubles et œuvres d’art confisqués par le Roi et les artistes envoyés à Versailles.

Il traversera les siècles aux mains d’autres familles pour finir à l’état de presque ruine.

En 1967, il est offert en cadeau de mariage au comte Patrice de Vogüé. Avec son épouse Cristina, ils ont à cœur de lui redonner son lustre d’antan et de l’ouvrir au public.
Avec respect et persévérance, ces mécènes se mirent au service de l’histoire et de l’art. Les jardins, les décors intérieurs ont retrouvé leur identité et leur splendeur.

 

Une pièce nouvelle au cœur de la maison : le salon

C’est ici, à Vaux qu’est inventée une pièce qui va devenir le cœur de nos maisons, le salon.

Jusqu’à lors, les pièces sont nommées chambres et antichambres. En enfilade, elles n’ont souvent pas de rôle dévolu. La chambre est aussi l’endroit ou l’on reçoit, elle devient salle de jeux ou salle de musique, l’antichambre se transforme en salle à manger quand on y dresse la table…

L’idée du salon vient d’Italie (« salone » grande salle) et c’est Louis Le Vaux qui l’introduit en France.
Il installe cette pièce d’apparat au centre de la bâtisse, ouverte par de grandes fenêtres sur les jardins. Elle devient la pièce ou l’on reçoit. On y donne à manger, on y fait de la musique, c’est le lieu le plus distingué de l’appartement de réception. La vie sociale s’organise dans ces salons de compagnie vastes et fastueux (peu à peu on ne mangera plus dans les salons pour ne pas abimer les riches canapés et fauteuils ; on inventera alors la salle à manger… mais c’est une autre histoire).
Au cours du XVIIIe siècle, les salons deviendront plus intimes et plus chaleureux (tapis, tentures…), avec un mobilier raffiné et étudié (table de jeux, bergère, table à ouvrage…)

Décor d’un salon au XVIIIe siècle.

 

Du salon aux salons

Dans ce XVIIe siècle très masculin, les femmes n’ont aucun rôle à jouer dans la société et sont vouées à l’ignorance. Confinées dans leur chambre, les dames de l’aristocratie reçoivent leurs intimes autour du lit, dans la ruelle (la ruelle est cet endroit étroit entre le lit et le mur de la chambre).
Ce nouveau salon luxueux, rempli de sièges va leur permettre d’étendre leur société et de recevoir un plus grand nombre d’hôtes très confortablement.

Ces femmes revendiquent le droit à la culture, à l’art, à la connaissance.
Moquées par Molière les « Précieuses » vont cependant recevoir dans leur salon une société choisie, en faire un lieu de convivialité mais aussi de curiosité et d’échange. La première « Arthénice » reçoit dans son salon à l’hôtel de Rambouillet.
On y partage idées et nourriture, on y fait de la musique et de la science… Quelquefois de la politique. Les cercles deviennent célèbres et attirent les beaux esprits du temps, mettant au jour des idées nouvelles au fil des discussions, on y a une liberté de penser et de s’exprimer. Peintres, penseurs, scientifiques, musiciens de toutes conditions sociales se croisent.
Les salons participent à l’invention de la liberté.

Ce mouvement initié par des femmes et ridiculisé par certains hommes (merci Jean-Baptiste !) n’est pas une mode d’aristocrates qui s’ennuient mais un mouvement de femmes conscientes de leur inutilité sociale, qui veulent changer les choses et prendre une place dans la vie intellectuelle et artistique de leur temps.
Mademoiselle de Scudéry en est l’exemples le plus célèbre du XVIIe siècle. Elle recevait le samedi. On élabora chez elle le carte du tendre. On pouvait y croiser Madame de Sévigné ou Ninon de Lenclos, Monsieur Scarron et sa femme Françoise, future Madame de Maintenon.

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626 – 1696)

Madeleine de Scudéry (1607-1701)

Ce mouvement  va perdurer et s’amplifier au XVIIIe siècle avec les salons de Mme de Lambert précieux et libertin (lambertinage) et le salon de Mme de Tencin, politique et philosophique. Puis les illustres salons de Mme Du Deffand et Mme Geoffrin, celui de Mlle de Lespinasse. S’y croisent Voltaire, Diderot, et Montesquieu, Émilie du Châtelet ou Marivaux.

Le salon de Madame du Deffand par Jean-François de Troy

Le XVIIIe siècle qui avait permis une certaine liberté aux femmes s’éteint. La Révolution fait disparaitre les salons aristocratiques… pour des cercles plus politique (chez Sophie de Condorcet)
Les conversations littéraires et artistiques reprendront plus tard, sous le Directoire dans les salons de  Germaine de Staël ou Juliette Récamier ou l’on poura croiser Hugo, Balzac, Musset, Marceline Desbordes-Valmore et bien évidemment George Sand.

C’est la fin des « salons ». Au tournant du XXe siècle, la vie artistique et littéraire prendra d’autres formes dans d’autres lieux…

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5 Replies to “Le salon, quand les femmes reçoivent…”

  1. Un gentil message de Coline !
    Bonsoir Georges,
    Merci pour cette lettre que j’ai pris grand plaisir à lire, comme d’ailleurs tous vos articles.
    J’aurais volontiers visité votre exposition si ma vie de provinciale du Sud-Ouest ne me cantonnait pas si loin de Fontainebleau.
    Je vous souhaite une belle réussite dans tous vos projets . Au plaisir de vous lire.
    Cordialement . Coline

    1. Oh oui c’est une merveille ! Il n’a pas ce coté grandiose et impersonnel de Versailles. On y sent une intimité, on en imagine la vie de ses occupants. Des cuisines aux combles, on s’y sent presque chez soi ! Merci Mary-Claude …

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